Te brider pour rester sous le seuil de franchise en base de TVA (37 500 € pour les prestations de services, 85 000 € pour les ventes en 2026) te coûte presque toujours plus cher que de passer à la TVA.
Quand tu refuses un client, tu perds 100 % de ce qu'il t'aurait payé, alors que la TVA est un impôt payé par ton client final, que tu collectes et que tu reverses.
Et ce qu'on oublie souvent, c'est que le vrai coût de la peur du seuil, il est surtout dans ta tête… et dans ta croissance.
« Limite, j'arrête de travailler jusqu'à la fin de l'année »
C'est une phrase que j'ai entendue mot pour mot lors d'un live FAQ Smooth TVA, en septembre.
Elle venait d'une facialiste installée depuis quatre ans, que j'appellerai Céline.
L'année précédente, elle avait déjà « régulé » pour ne pas dépasser le seuil.
Et cette année, tout allait bien :
son activité progressait, une marque lui avait proposé des missions de conseil, elle créait des protocoles de soin, bref, elle était sur une belle lancée.
Sauf qu'au bout de quelques semaines, elle a fait ses calculs et s'est dit :
« Tout ce que je vais gagner en plus va juste me faire passer le seuil, me faire perdre 20 % et finalement je vais gagner moins que l'an dernier. »
Sa conclusion ?
Il faudrait qu'elle arrête de travailler deux mois pour ne pas passer à la TVA.
Elle avait pris la formation en juillet, et elle ne l'avait même pas ouverte, parce que tout ce qui parle de TVA la déprimait.
Je la comprends, vraiment.
Mais ce qu'il faut bien voir, c'est que ce raisonnement repose sur une idée fausse.
La TVA, est-ce que c'est 20 % de perdus ?
Non, et c'est le cœur du sujet.
La TVA n'est pas un impôt pour toi :
c'est un impôt pour le consommateur final.
Toi, tu la factures en plus de ton prix, tu la reçois, et tu la reverses à l'administration, en déduisant la TVA que tu as toi-même payée sur tes achats professionnels.
Elle ne t'appartient pas, elle ne fait que transiter par ton compte.
Alors oui, la question du prix se pose, mais pas de la façon dont on l'imagine.
Que se passe-t-il vraiment quand on dépasse le seuil de TVA ?
En 2026, pour les prestations de services, les seuils sont les suivants :
37 500 € de chiffre d'affaires sur l'année précédente ;
41 250 € sur l'année en cours (seuil majoré).
Pour les ventes de marchandises, c'est 85 000 € et 93 500 €.
Si tu dépasses le premier sans dépasser le second, tu passes à la TVA au 1er janvier de l'année suivante.
Si tu dépasses le seuil majoré, la TVA s'applique dès le jour du dépassement.
Et pour celles et ceux qui ont eu peur avec le seuil unique de 25 000 € annoncé en 2025 :
la réforme a été abandonnée, les seuils de 2026 sont restés les mêmes.
Voilà, c'est tout.
Il n'y a pas de pénalité à dépasser, pas de case honteuse, c'est simplement un changement de régime qui arrive quand ton activité grandit.
Te brider ou passer à la TVA : qu'est-ce qui coûte le plus cher ?
Prenons la situation de Céline, en simplifiant.
Si elle arrête de travailler deux mois, elle renonce à 100 % du chiffre d'affaires de ces deux mois.
Ses charges fixes, elles, continuent de tomber (loyer du cabinet, abonnements, assurance).
Imaginons maintenant le pire scénario quand elle passe à la TVA :
elle ne touche à aucun de ses prix pour ses clientes particulières, et elle décide d'absorber elle-même toute la TVA.
Sur une séance à 150 €, elle garde alors 125 € hors taxe, soit environ 83 % de son prix.
D'un côté, 0 % pendant deux mois.
De l'autre, environ 83 % dans le pire des cas, et en réalité plus, parce qu'elle récupère aussi la TVA sur ses propres achats.
Autant te dire que le calcul est vite fait.
Et ce n'est que le scénario le plus défavorable.
Dans la vraie vie, l'augmentation de prix nécessaire n'est presque jamais de 20 %.
Selon ce que tu achètes (produits, matériel, loyer, logiciels), ça peut être 10 %, 12 %, parfois moins, parfois plus.
Et sur les investissements récents, il existe même des règles qui permettent, sous conditions, de récupérer une partie de la TVA déjà payée avant ton passage.
C'est exactement ce qu'on chiffre sur ta situation dans Smooth TVA, avec un outil dédié.
Et si mes clients sont des professionnels ?
Là, c'est encore plus simple.
Une entreprise elle-même soumise à la TVA récupère la TVA que tu lui factures.
Pour elle, tes tarifs négociés restent des tarifs hors taxe, et la TVA n'est qu'une avance de trésorerie qu'elle récupère ensuite.
Dans ce même live, une consultante RH qui est aussi organisme de formation m'expliquait qu'elle allait dépasser les deux seuils dans le même mois, et qu'elle avait tout fait jusque-là pour « passer sous le radar ».
Sa partie RH, c'était du B2B.
Je lui ai dit très simplement :
du moment que tu travailles principalement avec des pros, vas-y.
Elle n'avait quasiment aucun tarif à renégocier, et en prime elle allait pouvoir récupérer une partie de la TVA sur ses achats.
Pourquoi on se bloque autant avec le seuil de TVA ?
Ce qui fait peur, c'est souvent l'inconnu, et la montagne qu'on s'en fait.
Mais il y a aussi un mécanisme psychologique dont on parle très peu.
Quand tu crains de dépasser le seuil, tu dis à ton cerveau :
« Attention, si on continue de se développer, il y a danger. »
Et ton cerveau, naturellement, fait ce que tu lui demandes :
il freine.
Céline me l'a dit elle-même :
« Je sens bien que je suis en blocage complet, en septembre il ne se passe rien. »
Elle était en train de créer un double cercle négatif, puisqu'elle se mettait en pause tout en sachant qu'elle passerait quand même à la TVA.
Je le vis moi aussi :
quand j'ai pris une décision de refus ou de limite, je peux être sûre que ça va se bloquer quelque part.
À l'inverse, ce que je vois régulièrement chez mes clients, c'est qu'une fois le seuil dépassé, ils y vont franco.
Ils font leur première déclaration, ils se rendent compte qu'ils sont toujours vivants, qu'ils ont encore de la trésorerie, et l'effet barrière disparaît.
Leur cerveau leur dit :
« C'est bon, on peut accepter de nouveaux clients. »
Le passage à la TVA, l'occasion de revoir la valeur de tes services
Quand j'ai évoqué l'idée d'ajuster ses tarifs, Céline m'a répondu que l'heure de soin était déjà à 150 € et qu'aller au-delà lui semblait indécent.
Et c'est là que le seuil de TVA devient intéressant, parce qu'il t'oblige à regarder ton offre en face.
Le problème, dans beaucoup de métiers, c'est le raisonnement au tarif horaire.
On se compare à d'autres métiers à l'heure, on se met des œillères (« une facialiste, c'est maximum tant de l'heure »), et on se plafonne tout seul.
Alors qu'il faut te mettre à la place de ton client :
qu'est-ce que ton accompagnement lui permet, vraiment ? Quel est le besoin profond qu'il vient chercher chez toi ?
Pour Céline, ses avis clients parlaient tous d'un avant et d'un après, et c'est cet avant-après qui a de la valeur.
On a parlé d'abonnement annuel, d'une carte de soins repensée, d'un accompagnement à 360 degrés avec des conseils pour la maison.
D'ailleurs, une autre participante a raconté qu'elle avait augmenté son tarif en prévoyant de laisser l'ancien prix à ses fidèles clientes, et que d'elles-mêmes, elles avaient payé le nouveau tarif.
Dépasser le seuil, ça veut dire que ton activité est stable, que tu as posé des fondations.
C'est le bon moment pour te demander ce que tu as envie de proposer de plus ou de différent.
Si ce sujet te parle, j'ai écrit un article complet sur comment fixer des tarifs rentables quand on est indépendant.
Et si je redescends sous le seuil ?
C'est une question qu'on pose souvent pour se rassurer, et c'est normal.
La franchise en base s'apprécie en fonction de ton chiffre d'affaires de l'année précédente :
la TVA, ce n'est donc pas un mariage pour la vie.
Mais franchement, ce n'est pas le but.
Le but, c'est de comprendre le mécanisme pour qu'il ne soit plus un inconnu, parce qu'un cerveau rassuré, c'est un cerveau qui laisse ton activité grandir.
Si tu veux éviter les pièges classiques au moment du passage, lis aussi les erreurs qui coûtent cher lors du passage à la TVA.
Le seuil de TVA approche et la peur te freine ?
Dans Smooth TVA, on chiffre ensemble l'impact réel de la TVA sur ton activité, de combien tes prix doivent vraiment bouger, et comment t'organiser pour que ça reste simple.
Tu passes de la peur de l'inconnu à une situation que tu maîtrises, avec la marche à suivre adaptée à ton cas.
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Pour aller plus loin
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Questions fréquentes
Est-ce grave de dépasser le seuil de TVA ?
Non. Dépasser le seuil n'entraîne aucune sanction : tu sors simplement de la franchise en base et tu factures la TVA à partir du 1er janvier suivant, ou dès le jour du dépassement si tu franchis le seuil majoré. Ce qui pose problème, c'est de dépasser sans t'en rendre compte et de ne pas facturer la TVA à temps.
Quels sont les seuils de TVA en 2026 ?
Pour les prestations de services, 37 500 € (seuil de base, sur l'année précédente) et 41 250 € (seuil majoré, sur l'année en cours). Pour les ventes de marchandises, 85 000 € et 93 500 €. Le seuil unique de 25 000 € a été abandonné.
Faut-il augmenter ses prix de 20 % quand on passe à la TVA ?
Pas forcément. Avec des clients professionnels qui récupèrent la TVA, tes tarifs hors taxe ne bougent pas. Avec des particuliers, l'augmentation nécessaire dépend aussi de la TVA que tu récupères sur tes achats, et elle est souvent inférieure à 20 %.
Est-ce que la TVA est un coût pour l'entrepreneur ?
Non. La TVA est un impôt payé par le consommateur final. L'entrepreneur la facture, la collecte et la reverse à l'administration, après avoir déduit la TVA payée sur ses propres achats professionnels.
Peut-on passer à la TVA avant de dépasser le seuil ?
Oui, l'option pour la TVA est possible à tout moment, même si tu restes sous les seuils. Ça peut être intéressant quand tu travailles surtout avec des professionnels ou que tu as des investissements importants à faire.
Sources officielles
Service-public.gouv.fr, « Franchise en base de TVA » (seuils 2026, abandon du seuil unique) : https://entreprendre.service-public.gouv.fr/vosdroits/F21746
BOFiP, BOI-TVA-DECLA-40-10-10 (franchise en base : seuils, appréciation sur l'année précédente, sortie en cas de dépassement du seuil majoré), version du 01/07/2026 : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/849-PGP.html
BOFiP, BOI-TVA-DED-60-20-10 (régularisations des déductions sur immobilisations, notamment lorsqu'on devient redevable de la TVA, § 160) : https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/1654-PGP.html
Code général des impôts, article 293 B (franchise en base) : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000045035275
impots.gouv.fr, « Je suis micro-entrepreneur, ai-je des obligations déclaratives en matière de TVA ? » (option possible à tout moment) : https://www.impots.gouv.fr/professionnel/questions/je-suis-micro-entrepreneur-ou-la-tete-dune-micro-entreprise-ai-je-des

Amélie Richard
Experte en finance et fondatrice de business émoi


